Tous les matins, à l’aube, je vais voir le soleil se lever sur la Garonne. Ce pur moment de bonheur me rappelle que l’homme fait parti de la nature. En marchant au bord du fleuve avec Léon (the dog), je me réconcilie humblement dès l’aube avec ma propre humanité et c’est à cet instant que s’éclaircissent mes idées, que s’élaborent des projets…enfin ça bouillonne positivement dans ma tête.

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Mais depuis quelques jours, cette affaire Cahuzac perturbe la sérénité de ma promenade. Je n’en reviens pas ; l’impensable est arrivé et me poursuit jusque dans mon intimité du matin. La réalité dépasse la fiction. L’argent a infiltré tout l’appareil d’Etat jusque dans les plus hautes sphères. Le système serait donc totalement infecté.

Reconnaissons que l’affaire Cahuzac nous envoie un signal fort. Quand le chef des gendarmes financiers est un voleur, il n’y a plus rien à espérer de la République. Quand les grands de la République se parjurent et mentent sans vergogne devant l’Assemblée Nationale, les mots n’ont plus de sens. On n’est plus dans le domaine de l’exception ou de la brebis galeuse, on est au cœur du système qui condamne violemment toutes nos tentatives individuelles, familiales, sociales ou associatives pour construire un monde solidaire.

Le moindre regard sur le fleuve me renvoie au pouvoir de l’argent et à ses valets prêts à tout renverser et à tout détruire sur leur passage, incapables de gérer les ressources même à court terme, incapables de penser l’avenir. Je pense aux aloses qui ne remontent plus le fleuve, aux alouettes qui ne passent plus, aux grives disparues, aux lamproies chargées de mercure, aux PCB, à la nature abimée, privatisée, à Monsanto et à l’agent orange qui infecte encore les enfants du Viêt Nam. Au nom de l’argent roi, ces gens là sont prêts à tout, ne respectent rien, mettent en danger la planète et toute vie sociale ; il est urgent de les mettre à leur tour hors d’état de nuire, il est urgent de réagir.

Vite, il faut changer les règles, changer la constitution, renforcer les pouvoirs des citoyens dans la commune et dans l’entreprise, donner un statut à l’élu de base, abroger la réforme des collectivités locales qui va éloigner le pouvoir des citoyens, reprendre la main sur l’argent public et soumettre les banques privées à un strict contrôle.

Je crois moins que jamais au discours de Hollande qui après Sarko nous explique aujourd’hui que l’on peut moraliser le capitalisme. Pas de dérobade, il faut aller bien plus loin car le mal est profond. Il faut une autre république, une VIème république car la Vème est irrémédiablement à bout de souffle…finie…pourrie jusqu’à la moelle.

Au bord de la Garonne, je mesure mieux l’urgence de ce changement et il me revient alors les paroles chef sioux Sitting Bull « Quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été pêché, alors le visage pâle saura que l’argent ne se mange pas ».