Près de 150 personnes assistaient à cette soirée pour débattre du thème de « la crise » confirmant ainsi le constat que je fais depuis quelques semaines : une forte (et légitime) demande de débat et de citoyenneté se fait jour dans notre pays et l’éducation populaire reprend du poil de la bête, ce qui n’est pas sans inquiéter les possédants et tous ceux qui n’aiment pas le « partage » des richesses comme des idées d’ailleurs !
Je ne vous parlerai pas de tous les développements de Jean-Marie Harribey dont la sobre et élégante précision m’a surpris. Cet universitaire est impressionnant par une parole étonnamment concise et vulgarisatrice. Je vous joins son site dans lequel vous pourrez piocher des foules d’arguments et je vous conseille simplement son livre « raconte-moi la crise ».
Lors de cette soirée je suis brièvement intervenu pour demander à l’orateur de préciser les raisons du dédain des banques pour le crédit aux collectivités locales et pour indiquer que ces dernières avaient aujourd’hui trois inquiétantes bombes à retardement dans leur besace :

  • le refus des banques de « prêter » alors que le besoin annuel toutes collectivités confondues est de 22 milliards annuels
  • la liquidation après implosion de Dexia qui était un outil privilégié pour prêter aux collectivités
  • la présence de 19 milliards d’emprunts toxiques dans 500 collectivités et hôpitaux de France qui vont nécessiter des remboursements démentiels.

Concernant Dexia, quelques précisions. Il s’agit d’une très vieille institution chargée de financer les collectivités locales. Elle s’appelait jadis la CAECL (Caisse d’Aide à l’Equipement des Collectivités Locales), un établissement public adossé à l’Etat et à la Caisse des Dépôts qui assurait ce financement grâce à l’émission d’obligations aussi sûres qu’une porte de prison. Hélas, Chirac la transforme en société anonyme en 1987 et Rocard l’introduit en bourse en 1991. Notre société publique devenue alors banque, se lance alors dans des opérations internationales plus ou moins spéculatives, se marie avec le Crédit Communal de Belgique pour former DEXIA , spécule sur les marchés dans les colonies israéliennes ou aux States où elle se prend les pieds dans le tapis des subprime.
Dexia est une première fois recapitalisée à l’aide de fonds publics en 2008 et bénéficie d’une caution publique avant d’exploser en vol fin 2011 rongée par des investissements douteux notamment des obligations grecques. Total…. après un étonnant périple libéral qui a coûté des milliards et des milliards d’euros de fonds publics et a privé de financements le développement de l’investissement utile public des collectivités locales….on revient à la case départ. Il va falloir rembourser les dettes de DEXIA et refonder un organisme public de crédit pour les collectivités locales avec l’aide notamment de ce qu’il « reste de public en France », c'est-à-dire la Caisse des Dépôts et Consignations ainsi que la Banque Postale.

Retour à la case départ….une crise plus tard…mais à quel prix !