A la lecture hier de l’enquête de Sud-Ouest, j’ai cru rêver.
Non pas à la lecture des résultats mais simplement à la lecture de la question :
« Pensez vous qu’une taxe sur vos comptes bancaires pourrait être mise en œuvre en France comme à Chypre ? » était-il grosso-modo demandé…

Voilà pour le moins une curieuse façon de nous préparer insidieusement à une fatalité du malheur, de tester la résistance à la violence financière et de nous habituer à la souffrance sociale. Non seulement ce racket qui menace les chypriotes est indigne et illégal (un règlement européen protège en effet les dépôts jusqu’à 100 000 euros) mais, on nous demande aujourd’hui, si on pense possible et envisageable qu’il soit élargi à d’autres pays et que nous soyons nous-mêmes saignés.
On peut imaginer d’autres sondages dans les prochaines semaines :

  • Pensez vous que l’arrêt des soins pour une personne âgée ou d’un handicapé atteint d’une maladie incurable pourrait être mis en œuvre en France?
  • Pensez vous que l’obligation de travailler un jour sur deux gratuitement pour un patron en cas de difficulté financière de l’entreprise pourrait être mis en œuvre en France?
  • Pensez vous qu’une baisse de 35% des retraites pourrait être mis en œuvre en France ?
  • Pensez vous que la gestion des zones urbaines sensibles pourrait être confiée à des fonds saoudiens et que la gestion des zones rurales en difficulté à des fonds chinois ou russes ?
  • Pensez-vous que la lapidation et le droit de cuissage qui existe encore dans certains pays pourrait être mis en œuvre en France ?
  • Je vous laisse imaginer à votre tour d’autres questions…

Vous pensez que j’y vais un peu fort. Mais j’exagère…à peine.

Lisez le tout récent rapport de l’OCDE, en particulier pour mes collègues élus ou employés des services publics l’encadré bleu page 29. Mais, pour le privé ce n’est pas mieux, là c’est (entr’autre) l’encadré page 49.

Depuis 1973, les États ont renoncé à leur prérogative de « battre monnaie ». Pire, ils en ont donné l’exclusivité de la maitrise financière aux banques privées. Dès lors que les banques font systématiquement appel aux fonds publics lorsqu’elles sont en difficultés, n’est-il pas urgent de leur redonner un caractère public et d’ « établir le pouvoir de la société sur les banques et le crédit pour produire autrement les richesses » sans attendre comme nous le proposent la droite ou le Ps qu’elles deviennent enfin « raisonnables ».

Aujourd’hui, les véritables assistés ne sont pas les pauvres ; ce sont les banques, les financiers et les actionnaires. Pile, ils gagnent et face on perd. C’est truqué !
Il y a urgence à changer la règle du jeu et de passer de l’indignation à l’action.