Il y a quelques semaines, j’étais invité aux 10 ans des Bleuets Macariens. Une soirée et un club éminemment populaires et (donc) sympathiques en témoigne la photo de famille que je vous offre.
bleuets_10_eme_anniversaire_2013_4.jpg

Ce club de foot issu de la fusion des Bleuets de Saint Pierre d’Aurillac et de l’Association Sportive Macarienne bénéficie du soutien de nombreux bénévoles mais aussi des municipalités et de la communauté de communes.

Juste retour des choses puisque l’association en question œuvre en particulier auprès des jeunes licenciés auxquels les bleuets font découvrir l’art (je pèse mes mots) de mener le ballon mais aussi l’esprit d’équipe, l’amitié, la solidarité et la camaraderie.

Ils redonnent ainsi forme et sens au mot fraternité inscrit aux frontons de nos édifices publics mais soumis à l’usure du temps ainsi qu’aux assauts du libéralisme et de son cortège d’égoïsmes. Ensemble, dirigeants, formateurs élus et enfants inventent de nouvelles civilités, forgent des valeurs humaines.

Reconnaissons que le foot est devenu un fantastique lien social et une école de la vie mais aussi un lien entre les enfants du monde. On le pratique dans la cour de récréation, sur l’herbe du pré, sur le sable ou dans la rue.

J’en veux pour preuve un souvenir inoubliable. Pendant la coupe du monde 1998, j’étais à Hanoï. Levés à la pointe du jour une foule d’enfants vietnamiens jouaient dans les rues des matchs de foot endiablés avant que la meute des deux roues n’envahisse la ville. Ahurissant de fraîcheur !

Sans parler de cet enfant de Bag Giang portant fièrement dans un village isolé (et dans un océan de misères),à la frontière de la Chine, son « unique vêtement » estampillé world cup 98 et admirateur sans limite de Zidane.

Comment oublier non plus quelques jours plus tard ces joueurs professionnels de l’équipe nationale italienne proposant d’amener notre petite famille « élargie » dans leur avion à l’occasion d’un match à Bordeaux alors que le notre était cloué au sol à cause d’une grève d’Air France. Refus des autorités françaises !

Seulement voilà ce sport si populaire qui se pratique sur tous les continents, outil commun de fraternité est aujourd’hui complètement détourné, confisqué, esquinté, dénaturé, « escagassé ». Rendre le foot aux enfants et aux peuples est une urgence sociale tant ce sport est devenu une indécente caricature. Miné par l’argent plus ou moins sale, glorifiant la pompe à fric sans retenue ni considérations éthiques, ce sport éducatif à l’extrême se vautre à son sommet dans l’excés et dans l’indécence.

Le plus choquant étant que personne ou presque ne soit choqué car l’anormalité est devenue la règle… !!!!

Voyons, réfléchissons ensemble deux secondes ; au foot, on achète et on vend les hommes comme on vendait jadis des esclaves. Ahurissant ! des Qataris mettent 64 millions sur la table pour acheter un homme du nom de Cavani et « investissent » 358 millions d’euros en charge de transferts. L’oligarque Rybolovlev met en réponse 60 millions pour Falcao et a déjà dépensé 150 millions pour le club de Monaco. Des recruteurs partent en Afrique ou en Amérique Centrale pour acheter à leur famille le destin de quelques enfants susceptibles de plus-value, les jeux sur les matches (truqués ou pas) viennent encore plus ajouter au côté maffieux qui est en décalage complet avec la beauté d’un but marqué par Cavani ou Ibra.

L’absurde est atteint au point où même la valeur de l’argent n’a plus de sens sans parler du geste sportif dénaturé qui a conduit un grand nombre de nos stars françaises à des attitudes d’enfants gâtés lors des dernières compétitions internationales.

Ne vous y trompez pas, dans cette affaire l’enjeu c’est vous, c’est votre vie. En effet car si les « vies humaines » deviennent demain l’objet d’un commerce, la votre ne vaudra bientôt plus rien car elle ne méritera plus aux yeux des financiers aucun respect. Vous serez de simples spectateurs de votre propre existence que d’autres monnaieront à tout va. Marx appelait cela l’aliénation !
alienation_francisco_goya.jpg
dessin de Francisco Goya


On peut légitimement se poser la question : comment un gouvernement qui se dit socialiste peut-il tolérer de tels excès et accepter de se vautrer dans de tels égarements, mais attention aux jours à venir ! Le réveil risque d’être plus que douloureux !

Même aux USA, les pouvoirs publics ont mis des garde-fous ; les acteurs concernés et la NBA par exemple limitent les salaires (salary caps) face aux dérives folles. Dans le temple du libéralisme, chaque année on négocie, on fixe les règles. En Europe et en France en particulier, on laisse aller les choses au fil de l’eau.

J’ose une timide proposition :

Serait-il si incongru d’interdire la vente des joueurs comme de tous les être humains et limiter les salaires des joueurs à 36 fois le smic (3 ans de salaire d’un smicard !!!) dans les 45 000 euros au-dessus ça ne veut plus rien dire !

Bien sûr cette proposition permettrait de dégager des sommes colossales qui pourraient servir à financer les stades et vestiaires aujourd’hui financés par les contribuables ou objets de spéculations des multinationales. (voir stade de Bordeaux ou du Mans )

Cela permettrait de financer le sport amateur sous forme de dotations pour l’aide aux équipements des équipes jeunes, pour l’aide aux déplacements des bénévoles et pour la formation. On pourrait également aller vers la gratuité de tous les stades pour les licenciés à tous les niveaux.