Thil est une commune de Meurthe et Moselle jumelée avec Saint Pierre d’Aurillac.
Ancienne ville minière du bassin sidérurgique de Longwy, elle a abrité à la fin de la guerre un camp de concentration dont les prisonniers servaient de main d’œuvre gratuite aux allemands pour construire dans la mine du Tiercelet les V1 et V2 qui devaient renverser le cours de l’histoire.
Il ne reste de ce camp qu’une crypte abritant un ancien four devenu crématoire pour l’occasion. A chacune de mes visites je suis pris d’un immense frisson qui me renvoie directement à ma propre humanité.
Comment cela a-t-il été possible ? Comment l’horreur a-t-elle pu ainsi être banalisée ?
Les maires successifs de Thil, la population et l’Association pour la Reconnaissance du Camp de Concentration Thil-Longwy s’emploient à garder vivant le souvenir. Cela n'a pas été facile mais ça avance…
Annie Silvestri, le maire actuel de Thil ne lâche pas le morceau avec en tête une obsession permanente : retrouver les noms de ceux qui sont morts ici afin de les sortir d’un terrible anonymat.
Elle est à l’initiative d’un sentier de mémoire où l’on grimpe dans la colline vers la crypte à la rencontre insolite de notre propre histoire ; comme un chemin de croix pour exorciser le monde d’une parenthèse diabolique et redonner dignité aux victimes.
Ce chemin est parsemé de sculptures qui s’ajoutent années après années.
Ces œuvres d’art me font l’effet d’une gifle retentissante. Elles rendent sensible le monde, l’horreur de cette période et font toucher du doigt ce qui reste de bestialité dans l’homme.
Chacun sait que les sciences et les techniques sont d’un apport irremplaçable pour comprendre le monde.
Ici, c’est l’artiste et son œuvre qui jouent ce rôle d’émancipation humaine. Il est des lieux et des moments ou seuls, les arts et la culture peuvent rendre aux hommes toute l’humanité qui leur a été arrachée.
C’est à Thil que j’en ai définitivement acquis la conviction sinon la preuve formelle. En ces lieux où les paroles et les écrits auraient pu paraître dérisoires, seul le silence mouvementé des formes se révèlent à la hauteur de l’évènement.
Un sculpteur de notre canton, Luc Ganuchaud (article journal Sud-Ouest à lire en annexe) propose cette année une création qui va s’ajouter aux précédentes à l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp. Elle sera inaugurée ce week-end. J’y serai, j’en ai déjà la chair de poule et les yeux pleins de buée…